Discours de réception du 18 octobre 1989, à l'Académie des Beaux-Arts par Pierre Schœndœrffer

Pierre Schœndœrffer

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La vie imite l'art, proclame un paradoxe d'Oscar Wilde. Disons plutôt que l'art, que l'architecture, sont soumis aux mêmes lois mystérieuses que la vie. L'art est la vie, comme l'énergie et la matière sont une seule et même chose.
En architecture, il y eut d'abord la grotte et son aménagement, l'équivalent du sablier ! Ensuite il y eut l'entassement et la juxtaposition de blocs de pierres taillées, qui a lentement évolué des pyramides aux cathédrales gothiques, et jusqu'à nos jours... l'horloge mécanique, si l'on veut... En notre fin de millénaire, une ère nouvelle s'offre à l'architecture, aussi révolutionnaire que l'horloge atomique. Immémorialement statique, l'architecture entre soudain dans l'âge des formes dynamiques, des surfaces gauches, des voilures, comparables à celles des avions...
Guillaume Gillet a 40 ans. Son génie éclate.
Il a son levier et il a son point d'application, et le monde bouge, vraiment. Il est à la pointe de cette nouvelle technologie, il en est un des maîtres. Il apporte en plus toute l'érudition héritée de son père, cette manière d'aimer, de comprendre, de sentir dans les audaces anciennes des bâtisseurs de cathédrales, l'esprit des architectures futures.
Avec Bernard Lafaille, un ingénieur qu'il choisit, qui devient son ami, il travaille comme un forcené, il crée dans la passion, dans la jubilation. C'est une longue houle qui se lève, qui monte et qui monte encore. C'est le début d'une décade flamboyante !
Il serait trop long de tout dire... Je ne retiendrais que deux œuvres. La première, le pavillon de la France, à l'Exposition Universelle de Bruxelles en 1958. Un coup de tonnerre dans l'histoire de l'architecture française. Une structure en porte à faux, équilibrée par un bras de force géant, une silhouette dynamique, des voiles légers à la place des murailles. Tout était novateur et c'était beau. Guillaume Gillet apportait le vent pur du grand large aux jeunes architectes éblouis.
Ce chef-d'œuvre fut détruit, c'était dans le contrat. Mais quel crève-cœur, quel gaspillage. « Le bel oiseau tué », dit Cocteau. Quelle blessure, pour Guillaume.
Enfin, le plus grand, le plus inspiré, le plus rigoureux et le plus mystique, le plus proche de Chartres, de Notre-Dame de Paris, le plus profondément enraciné dans notre histoire et le plus osé, pour moi le plus noble de ses chefs-d'œuvre : la Foi et la Nécessité ! Notre-Dame de Royan !
La courbe de la baie tout entière semble se ramasser dans la verticale d'un jet de béton. Un grand navire en partance pour le ciel, face à l'Océan. Un point d'atterrissage, un amer, un dernier adieu au bateau qui s'éloigne chargé de vin, un premier salut de la France au bateau venant du Nouveau Monde, une espérance de havre de grâce pour le marin pêcheur dans la tempête. La Nef est immense, haute, presque Janséniste dans sa rigueur. On la croirait éclairée par Rembrandt.
Elle était presque vide, mais aurait pu contenir 3 000 fidèles. Tantôt je croyais percevoir les murmures d'une messe basse... Tantôt j'espérais un alléluia d'allégresse.
Aujourd'hui Notre-Dame est classée monument historique.
ô Guillaume, ô bâtisseur de cathédrales, il y a tant d'amour dans tout ce que vous avez fait.

 
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